Ode à la Caillette

 

Au marché tout d’abord, va acheter tes blettes,

Cinq kilo, pour le moins, car tu auras décidé,

De faire pour demain quelque trente caillettes,

Gloire de nos contrées et régal des gourmets.

 

Après avoir lavé ta verdure à l’eau fraîche,

Tu la feras blanchir, quinze minutes au moins,

A l’eau un peu salée, personne ne t’empêche,

D’y ajouter un tour de poivre du moulin.

 

Une fois bien pressées, côtes et belles feuilles,

Posées là bien à plat sur une planche en bois,

Seront hachées moyen, afin qu’elles accueillent

Intimement la farce, dont tu mettras bon poids.

Cette farce, bien sûr, sera faite de viande

De l’ « Habillé de Soie », animal vénéré,

Sauveur de nos aïeux, dont l’Ardèche est friande,

J’ai nommé Le Cochon, le roi des suidés.

 

Aux deux petits kilo de la gorge mollasse,

Tu devras ajouter cinq cents grammes de foie,

Avec le même poids de poitrine pas grasse,

Sans oublier les couennes, que tu n’ôteras pas.

 

Tu auras mis bien sûr, sans que je te le dise,

Quinze grammes au kilo, de sel déshydraté,

Dix gousses d’ail hachées aussi, par gourmandise,

Puis deux grammes de poivre au kilo, bien pesés.

Viendra alors pour toi la chose délicate,

Dérouler la crépine, lavée et bien rincée,

Tu devras faire alors des gestes d’acrobate,

Pour ne pas déchirer ce voile de mariée.

 

De ta main transformée en un moule à caillettes,

Tu envelopperas de morceaux découpés

Dans la blanche crépine, chacune des boulettes,

Qu’il te faudra ranger dans un plat, bien serrées.

 

Vient alors le moment d’une cuisson parfaite,

Le four du boulanger sera bien l’idéal,

Pour dorer la crépine à point, bien sur la tête

De la belle caillette au fumet sans rival.

 

Tu la dégusteras, froide, tiède ou brûlante,

Avec de bons amis tu en décupleras

Le plaisir de manger cette belle intrigante,

Que nul « hambeur-machin » jamais n’égalera.

                                                                                                                                J.R.